Sommaire
En vingt ans, les prises en charge ont profondément changé.
Les patients sortent plus vite de l’hôpital, se font soigner chez eux et vivent de plus en plus longtemps avec une ou plusieurs maladies chroniques.
Les prises en charge sont devenues plus complexes, les parcours de soins plus longs et les besoins de coordination toujours plus importants.
Pour répondre à ces évolutions, il a fallu repenser la manière de soigner et les métiers du soin.
C’est dans ce contexte que les compétences infirmières ont été progressivement élargies.
La loi infirmière de mars 2025 a posé les bases de cette transformation. Le décret de décembre 2025 en a précisé les contours. Les deux arrêtés du 26 juin 2026 viennent désormais la concrétiser.
Le premier arrêté définit les actes et soins que les infirmiers sont autorisés à réaliser. Le second précise la prescription de produits de santé et d’examens complémentaires et dans quel cadre elle est prévue.
Pour les établissements de santé, les EHPAD et les structures médico-sociales, ces textes ne se résument pas à une évolution réglementaire de plus. Ils leur donnent aussi la possibilité d’organiser les soins autrement, en faisant intervenir l’infirmier plus tôt dans le parcours de soins.
L’essentiel à retenir
Les arrêtés du 26 juin 2026 font entrer dans les faits la loi infirmière de mars 2025. En précisant les actes, les soins et les prescriptions désormais autorisés, ils donnent aux infirmiers de nouveaux moyens d’action et aux établissements de nouvelles marges d’organisation.
- Ce que contiennent les deux arrêtés : évaluation clinique renforcée, nouveaux outils (ECG, mini-spirométrie, bladder scanner, IPS), consultation infirmière officialisée, prescriptions élargies (examens biologiques, médicaments, dispositifs médicaux).
- Ce qui change concrètement : l’infirmier peut désormais intervenir dès le premier contact patient, avant la consultation médicale, pour préparer et accélérer la prise en charge.
- Ce que le médecin conserve : le diagnostic et les décisions thérapeutiques restent pleinement de son ressort.
- Ce que les établissements doivent anticiper : mise à jour des protocoles, adaptation des organisations, accompagnement des équipes et acquisition des équipements nécessaires.
Un texte réglementaire majeur, dont l’impact concret dépendra de la capacité de chaque structure à l’intégrer dans son fonctionnement quotidien.
Que contiennent au juste ces deux arrêtés ?
Les deux arrêtés du 26 juin 2026 entrent dans le concret.
Le premier explique quels actes l’infirmier peut réaliser.
Le second précise ce qu’il peut prescrire et renouveler.
En clair, ils répondent à une question simple : qu’est-ce que l’infirmier peut faire aujourd’hui ? Avec quels moyens ? Dans quelles conditions ?
Les principales évolutions
Arrêté « Actes et soins » | Arrêté « Prescriptions » |
|---|---|
Évaluation clinique infirmière renforcée | Prescriptions infirmières élargies |
Consultations infirmières | Possibilité de prescrire certains examens biologiques |
Nouveaux outils d’évaluation clinique | Prescription de médicaments ciblés |
Prise en charge de certaines plaies | Prescription de dispositifs médicaux élargie |
Triage infirmier, orientation des patients, coordination renforcée | Suivi de certaines situations cliniques |
Les actes et soins
Le premier arrêté ne se contente pas d’ajouter quelques actes techniques. Il précise le rôle de l’infirmier, depuis l’évaluation clinique jusqu’au suivi du patient.
Une évaluation clinique renforcée
Le rôle de l’infirmier dans l’évaluation de l’état de santé est désormais clairement affirmé.
Il peut par exemple :
- analyser des résultats biologiques,
- évaluer la douleur, la dénutrition, les risques de chute, les vulnérabilités psychosociales ou encore les troubles cognitifs.
Concrètement, le geste technique s’appuie davantage sur le raisonnement clinique.
Des outils d’évaluation plus nombreux
L’infirmier peut aussi utiliser de nouveaux outils comme :
- La mini-spirométrie : utile dans le suivi de l’asthme, la BPCO ou en cas de dyspnée inhabituelle.
- L’ECG à 12 dérivations.
- Le bladder scanner pour rechercher un globe vésical.
- La mesure de l’index de pression systolique (IPS), particulièrement intéressant pour rechercher un AOMI ou préciser si un ulcère est veineux ou artériel.
Ces examens aident l’infirmier à mieux évaluer une situation clinique avant d’orienter la prise en charge.
La consultation infirmière enfin reconnue
La consultation infirmière peut être utile tout au long du parcours de soins : de l’évaluation initiale au suivi, en passant par l’éducation thérapeutique et la prévention, selon les besoins du patient.
L’infirmier peut l’utiliser aussi bien à domicile qu’en cabinet.
Elle ne concerne pas uniquement l’infirmier libéral.
Les établissements de santé, les structures médico-sociales et même les EHPAD pourront eux aussi y avoir recours lorsque la situation l’exige.
Une prise en charge des plaies élargie
L’arrêté précise le rôle de l’infirmier dans la prise en charge des plaies.
Il décrit les situations dans lesquelles il peut évaluer une plaie, réaliser les soins, adapter leur suivi ou, au contraire, orienter le patient vers le médecin lorsque la situation dépasse son champ de compétences.
Une coordination renforcée
L’infirmier le sait, coordonner ce n’est pas seulement transmettre une information.
C’est aussi orienter un patient, échanger avec les autres professionnels, préparer un retour à domicile ou assurer le lien entre différents intervenants.
Ces missions, déjà largement présentes sur le terrain, sont enfin reconnues comme des compétences à part entière.
La prescription
Le second arrêté élargit les possibilités de prescription des infirmiers.
Examens biologiques, médicaments, dispositifs médicaux, pansements… la liste est longue. Mais derrière cette liste se dessine une idée simple : permettre à l’infirmier de répondre plus rapidement à certaines situations qu’il rencontre déjà tous les jours.
Objectifs de prescription | Exemples |
|---|---|
Suivi clinique | Glycémie à jeun, HbA1c, fonction urinaire (si non testée depuis plus de 3 mois), renouvellement des dispositifs (lecteurs de glycémie, bandelettes, capteur de type Free Style), chez les diabétiques.
Renouvellement INR chez les patients sous AVK. Autres analyses : NFS, plaquettes, bilan lipidique, ionogramme, ECBU avec antibiogramme. Dosage des bêta HCG. |
Soins | Prescription de certains pansements (simples, irrigo-absorbants, à l’argent, super-absorbants…), des solutions antiseptiques ou stériles… |
Prévention | Dépistage des IST, prescription des contraceptifs oraux d’urgence (pilule du lendemain) et des préservatifs, substituts nicotiniques, vaccins. |
Autonomie et confort | Antalgique de palier I (douleur, fièvre).
Compression veineuse.
Location de béquilles, cannes, lève-malade, déambulateur, coussin à air… |
Et concrètement, ça change quoi ?
Dans les faits
À première vue, les deux arrêtés semblent surtout avoir ajouté quelques actes ou prescriptions.
En réalité, ils changent aussi le moment où l’infirmier intervient.
Jusqu’à présent, la plupart des prises en charge débutaient après l’évaluation médicale. Le médecin examinait le patient, prescrivait les examens et les soins, puis l’infirmier organisait et réalisait les soins.
Désormais, l’infirmier peut intervenir dès le premier contact avec le patient. Il peut notamment :
- réaliser une première évaluation clinique,
- prescrire certains examens ou dispositifs,
- débuter certains soins,
- transmettre au médecin les éléments déjà recueillis.
Le médecin conserve son rôle dans le diagnostic et les décisions thérapeutiques.
En revanche, il dispose d’une évaluation initiale et d’éléments concrets pour orienter la prise en charge.
Au final, ce n’est pas une nouvelle répartition des rôles, mais une nouvelle manière de les articuler.
En pratique
Un patient se présente dans une structure de soins non programmés après s’être profondément blessé à la main en bricolant. Il est traité par anticoagulants. Il est diabétique sous pompe à insuline. La plaie présente des signes inflammatoires et un écoulement suspect.
Le médecin intervient ensuite.
Au final, chacun intervient là où il apporte le plus. L’infirmier prépare la prise en charge. Le médecin pose le diagnostic et décide du traitement.
À retenir : En EHPAD, la possibilité de prescrire certains examens biologiques ciblés ou des dispositifs de prévention des escarres permettra également d’adapter plus rapidement certaines prises en charge, sans attendre le passage du médecin.
Les établissements vont devoir s’adapter
Les textes sont publiés. Il reste maintenant à les intégrer dans le quotidien des établissements.
Les établissements devront :
- adapter les organisations,
- mettre à jour les protocoles,
- accompagner les équipes,
- prévoir le matériel nécessaire.
Faire le point sur l’organisation actuelle
Tous les établissements ne fonctionnent pas de la même manière et n’ont pas les mêmes objectifs.
Certains privilégieront davantage la consultation infirmière, tandis que d’autres auront surtout besoin de la prescription…
Chaque établissement, puis chaque service, devra alors :
- faire le point sur ses besoins,
- construire sa propre organisation,
- réfléchir à la meilleure façon d’intégrer ces nouvelles missions.
Actualiser les protocoles
Les établissements devront également revoir leurs protocoles, procédures et organisations de soins.
La mise à jour concernera notamment :
- les modalités de traçabilité dans le dossier patient,
- les critères d’orientation ou de recours au médecin,
- les circuits de prescription et de délivrance des produits et médicaments,
- les protocoles de prise en charge des plaies, de la douleur, du diabète ou encore de la prévention.
Cette étape permettra aussi de :
- clarifier les rôles de chacun,
- harmoniser les pratiques au sein des équipes,
- garantir la qualité des soins,
- sécuriser les prises en charge.
Accompagner les équipes
Bien sûr, il faudra aussi donner les moyens aux équipes de s’approprier ces nouvelles pratiques.
Autoriser une nouvelle compétence est une chose. La maîtriser en est une autre.
Tous les infirmiers n’ont pas la même expérience avec la consultation, la mesure de l’IPS ou encore l’utilisation d’un électrocardiographe ou d’un bladder scanner.
La formation continue sera évidemment importante. Mais elle ne suffira pas.
Il faudra prévoir aussi :
- des temps d’information,
- un repérage des besoins,
- un accompagnement des équipes,
- des échanges pluriprofessionnels,
- des retours d’expérience.
Les cadres de santé auront un rôle déterminant. Ils devront entre autres :
- identifier les besoins de leurs équipes,
- accompagner le changement,
- sécuriser les pratiques,
- intégrer les évolutions dans les organisations de service.
Adapter les moyens matériels
Certaines nouvelles pratiques nécessiteront du matériel adapté : mini-spiromètres, électrocardiographes, bladder scanners, dopplers portatifs ou encore le matériel spécifique pour les soins de plaies…
Encore faudra-t-il qu’ils soient disponibles dans les services concernés.
Mais avoir l’équipement ne suffira pas non plus.
Il faudra aussi prévoir leur utilisation, leur maintenance et la traçabilité des actes réalisés.
Mieux travailler ensemble
Ces nouvelles compétences demanderont aussi une bonne coordination entre les professionnels.
Les transmissions, les consultations infirmières, les fiches de liaison ou les réunions pluriprofessionnelles prendront une place encore plus importante.
L’enjeu ne sera pas seulement de faire autrement, mais de mieux partager les informations au bon moment.
Les cinq idées à retenir
Nous l’avons vu, les arrêtés du 26 juin 2026 ne se limitent pas à de nouveaux actes et de nouvelles compétences. Ils modifient aussi la manière dont les soins pourront être organisés.
Si l’on devait choisir cinq idées à retenir, ce serait celles-ci :
Ce qu’il faut retenir
Les arrêtés du 26 juin 2026 marquent une étape importante dans l’évolution de la profession infirmière.
Leur véritable impact dépendra de la manière dont les établissements sauront les intégrer dans leur organisation. Car ces textes ne changent pas seulement ce que les infirmiers peuvent faire. Ils changent aussi le moment où chacun intervient.
Le reste s’écrira sur le terrain.
Doxea s’engage à vos côtés pour accompagner ces changements.
Plusieurs formations sont d’ores et déjà disponibles :