Consultation infirmière : quel rôle pour les IPA dans les établissements de santé ?

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Sommaire

Pendant longtemps, les infirmiers ont été considérés comme de simples exécutants alors même qu’ils exerçaient déjà une part importante de leurs actes en rôle propre.

On le devinait dans les démarches de soins infirmiers (DSI), puis plus tard dans les bilans de soins infirmiers (BSI).

Pourtant, chacun sait que les forfaits de surveillance ne reflètent qu’une infime partie de la richesse du travail clinique réalisé quotidiennement auprès des patients.

Une autonomie bien réelle sur le terrain, mais peu reconnue dans le système de soins.

La loi infirmière du 27 juin 2025 est venue donner la visibilité nécessaire à ces missions trop souvent méconnues et peu valorisées.

  • Certaines d’entre elles sont désormais officiellement reconnues :
  • évaluation clinique,
  • raisonnement clinique,*
  • diagnostics infirmiers,
  • coordination,
  • suivi éducatif …

Et même la consultation infirmière. Une promesse que l’on n’attendait plus vraiment.

Des compétences reconnues et élargies, un accès direct pour certains patients… des avancées personnelles importantes, et une belle opportunité pour les établissements de santé durement touchés par la pénurie de professionnels, de lits et de solutions.

Dans un système à bout de souffle, les infirmiers en pratique avancée (IPA) ont un rôle à jouer et une place à prendre.

L’essentiel à retenir

La loi infirmière de 2025 reconnaît officiellement des missions déjà exercées au quotidien par les infirmiers : consultation infirmière, raisonnement clinique, diagnostic infirmier et coordination des parcours de soins. Une évolution majeure pour les professionnels comme pour les établissements de santé.

  • La consultation infirmière valorise l’évaluation clinique, l’éducation thérapeutique et le suivi des patients.
  • Les IPA renforcent l’accès aux soins, le suivi des maladies chroniques et la coordination entre les acteurs du parcours patient.
  • Le diagnostic infirmier reconnaît l’expertise clinique des infirmiers dans l’identification des besoins et des risques du patient.
  • Les établissements de santé peuvent s’appuyer sur ces nouvelles compétences pour fluidifier les parcours, améliorer la qualité des soins et prévenir les ruptures de suivi.

La réussite de cette évolution reposera sur un équilibre entre formation, coopération interprofessionnelle et organisation adaptée des soins.

Une réforme devenue nécessaire

Un système sous tension

Cette refonte du métier infirmier arrive dans un contexte de forte tension sur l’offre de soins :

Pression sur le système de soins
Conséquence pour les établissements
Vieillissement de la population
Suivis plus longs, patients plus complexes
Augmentation des maladies chroniques
Besoin de coordination et d’éducation thérapeutique
Difficultés d’accès aux médecins
Report de certaines demandes vers l’hôpital
Surcharge hospitalière
Consultations saturées et délais allongés
Pénurie de professionnels
Nécessité de mieux répartir les missions

Dans les établissements de santé, les conséquences se traduisent par :

  • des services et consultations saturés,
  • des parcours fragmentés,
  • une coordination chronophage entre ville, hôpital et médico-social,
  • des hospitalisations évitables faute de suivi structuré.

Ces difficultés persistantes les obligent à repenser leur organisation.

Un enjeu majeur

La réforme pourrait permettre :

  • une meilleure répartition des missions,
  • un accès plus rapide à certains suivis,
  • une baisse des délais,
  • un renforcement de la coordination,
  • une prise en charge plus précoce des complications.

En un mot : fluidifier les parcours patients

Ce que change la loi infirmière

Ce que change la loi infirmière

Plusieurs missions fondamentales sont inscrites, notamment dans le Code de la santé publique :

Mission reconnue
Intérêt pour les établissements de santé
Soins préventifs, curatifs, palliatifs et surveillance clinique
Renforcer le suivi et sécuriser les parcours
Prévention et dépistage
Repérer plus tôt les risques ou complications
Éducation à la santé
Améliorer l’autonomie et l’observance du patient
Coordination des parcours
Fluidifier les liens entre services, ville et médico-social
Conciliation médicamenteuse
Réduire les risques liés aux traitements
Formation et recherche
Développer les pratiques professionnelles

La réforme reconnaît également plusieurs notions jusque-là peu visibles dans le cadre législatif :

  • la consultation infirmière,
  • le diagnostic infirmier,
  • le raisonnement clinique infirmier
  • la place de l’infirmier référent.

Elle prévoit aussi un élargissement progressif des possibilités de prescription infirmière autonome :

  • certains examens biologiques,
  • certains dispositifs médicaux,
  • matériel de prévention,
  • renouvellements ciblés
  • ou certains examens complémentaires nécessaires au suivi clinique.

Enfin, un accès direct aux infirmiers, dans certaines situations. Dans un premier temps, le dispositif sera expérimenté dans certains territoires pour faciliter l’accès aux soins.

À retenir : les infirmiers occupaient déjà une place centrale dans les parcours de soins. La réforme vient seulement reconnaître légalement une partie de cette réalité clinique, et renforcer la place des infirmiers en pratique avancée (IPA).

La consultation infirmière

Une reconnaissance attendue

Avec la revalorisation de l’AMI, la consultation infirmière était sans doute une des avancées les plus attendues par la profession.

Elle reconnaît officiellement une partie du travail clinique autonome quotidien des infirmiers :

La consultation infirmière

Une reconnaissance attendue

Avec la revalorisation de l’AMI, la consultation infirmière était sans doute une des avancées les plus attendues par la profession.

Elle reconnaît officiellement une partie du travail clinique autonome quotidien des infirmiers à savoir -> 

 

 

Ces missions, souvent mal identifiées, mal valorisées ou mal tracées, sont désormais pleinement reconnues.

Si les tarifs sont connus et certains motifs de consultation définis, la réforme n’en est qu’à ses débuts et d’autres évolutions conventionnelles sont encore attendues.

Consultation infirmière et consultation médicale : des rôles complémentaires

La consultation infirmière n’a pas vocation à remplacer la consultation médicale.

Les deux approches sont complémentaires :

  • la consultation médicale est centrée sur le diagnostic médical, les décisions thérapeutiques et l’évolution de la maladie
  • la consultation infirmière s’intéresse davantage au vécu du patient, à ses capacités d’adaptation, à son autonomie, à ses facteurs de risque et à son accompagnement quotidien dans la maladie.

Pour les établissements de santé, cette complémentarité est particulièrement intéressante dans le suivi des maladies chroniques, en sortie d’hospitalisation, et dans différents services comme l’oncologie, la gériatrie ou la psychiatrie, où les besoins éducatifs, préventifs et organisationnels occupent une place essentielle.

Elle permet de mieux diriger les patients vers le bon professionnel, au bon moment, et de dégager du temps médical pour le diagnostic ou la décision thérapeutique.

Exemple : Patient diabétique récemment mis sous insuline

Monsieur Picmal sort du service de diabétologie de la Clinique avec une ordonnance et un protocole d’insuline. Il n’a pas tout retenu. C’est là que l’IPA peut intervenir pour :

  • évaluer ses capacités d’apprentissage,
  • repérer les freins cognitifs ou psychologiques,
  • vérifier la compréhension et l’observance du traitement,
  • accompagner les gestes techniques,
  • prévenir les risques d’hypoglycémie,
  • adapter l’éducation thérapeutique au contexte social.

Tout ce que font déjà les infirmiers au quotidien.

Le diagnostic infirmier

Déjà enseignés dans les instituts de formation depuis des décennies, et largement utilisés à l’international, les diagnostics infirmiers sont également (re)mis sur le devant de la scène.

Le diagnostic infirmier s’intéresse à la manière dont un patient réagit à ses problèmes de santé ou à son traitement. Il peut concerner :

  • l’autonomie,
  • la douleur,
  • le risque de chute,
  • le respect des prescriptions,
  • l’anxiété,
  • le risque de dénutrition,
  • la capacité à gérer ses soins,
  • la vulnérabilité sociale.


Dans les établissements de santé, cette évolution valorise l’expertise clinique des infirmiers et leur rôle dans l’organisation et la coordination des prises en charge complexes, notamment chez les patients polypathologiques ou fragiles.

Diagnostic infirmier vs diagnostic médical

Tout comme la consultation infirmière n’est pas une consultation médicale, le diagnostic infirmier n’est pas un diagnostic médical.

Quelle place pour les IPA ?

Des missions pas toujours identifiées

Depuis sa création en 2018, l’infirmier en pratique avancée n’a pas toujours su trouver sa place dans l’offre de soins.

Parfois considérés comme de simples infirmiers malgré un parcours universitaire qui élargit ses compétences, ou d’autres fois comme des rivaux, la réforme vient préciser leurs missions et confirmer leur légitimité et leur place dans l’offre de soins.

Parmi ces missions, on retrouve :

  • l’évaluation clinique approfondie,
  • le suivi de patients confiés en relais de consultations médicales,
  • la définition et la mise en œuvre de projets de soins personnalisés,
  • l’éducation thérapeutique,
  • la prévention,
  • la coordination des parcours,
  • la prescription de certains examens et traitements dans le cadre réglementaire défini,
  • l’amélioration des pratiques professionnelles,
  • la participation à la recherche.

L’exercice en pratique avancée repose sur une logique de coopération interprofessionnelle et participe à renforcer la pertinence et la qualité des parcours de soins.

De nouveaux champs d’exercice

Les IPA interviennent aujourd’hui dans plusieurs domaines
pathologies chroniques stabilisées et polypathologies courantes
oncologie et hémato-oncologie
maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale
psychiatrie et santé mentale
urgences

La loi du 27 juin 2025 élargit encore les perspectives d’exercice.

Ils pourront désormais intervenir dans
les services de protection maternelle et infantile (PMI)
la santé scolaire
la santé universitaire
l’aide sociale à l’enfance (ASE)
les structures d’accueil du jeune enfant
Ils participeront ainsi pleinement
au suivi des enfants atteints de maladies chroniques
au repérage précoce des troubles du développement
à l’accompagnement des familles
et à la coordination entre les différents intervenants

Cette ouverture traduit une volonté de renforcer les actions de prévention et de coordination auprès des populations les plus vulnérables.

Pourquoi les IPA deviennent indispensables aux établissements de santé ?

Un atout pour les suivis complexes


Les interventions des IPA dans les établissements de santé permettraient notamment :

  • de désengorger certaines consultations médicales,
  • d’améliorer le suivi des maladies chroniques,
  • de réduire les ruptures de parcours,
  • de renforcer le lien entre la ville et l’hôpital,
  • d’améliorer la coordination des prises en charge,
  • de prévenir certaines réhospitalisations évitables.


Les IPA jouent également un rôle essentiel dans l’accompagnement des patients complexes nécessitant un suivi rapproché.

 

Le leadership clinique : une nouvelle dimension de la pratique avancée

Au-delà du suivi clinique, les IPA peuvent aussi participer à l’amélioration de l’organisation des soins au sein des établissements de santé.

C’est ce que les référentiels appellent le leadership clinique.

Cette mission consiste à améliorer l’organisation des soins à partir de l’expertise clinique.

Concrètement, les IPA pourront :

  • participer à l’élaboration de protocoles,
  • harmoniser les pratiques professionnelles,
  • contribuer aux démarches qualité,
  • participer à la gestion des risques,
  • accompagner les équipes dans l’évolution des pratiques,
  • développer des projets innovants centrés sur le patient.


Cette dimension est particulièrement intéressante pour les établissements qui sont confrontés à une forte complexité clinique.

À retenir : les IPA sont aujourd’hui une plus-value non négligeable dans l’offre de soins entre expertise clinique, coordination des parcours et amélioration continue de la qualité des soins

Des exemples concrets en établissement de santé

Diabétologie

L’IPA assure le suivi clinique, l’analyse des glycémies, l’éducation thérapeutique, ou encore l’accompagnement des traitements complexes.

Oncologie

En oncologie, ils participent au suivi des toxicités, à la coordination des soins de support et à l’anticipation des complications.

 

Gériatrie

Les IPA contribuent au repérage de la fragilité, à la prévention des décompensations et à la coordination avec les aidants et les structures médico-sociales.

 

Psychiatrie et santé mentale

Ils participent au suivi des patients stabilisés, au repérage des rechutes et à la prévention des ruptures de parcours de soins.

 

Insuffisance cardiaque et maladies respiratoires chroniques

Dans les parcours d’insuffisance cardiaque ou de BPCO, les IPA assurent un suivi rapproché permettant d’améliorer l’observance, de repérer les décompensations, de limiter le passage aux urgences et certaines réhospitalisations évitables.

 

Une réforme… et des défis organisationnels importants

La question des effectifs

Développer les consultations infirmières et les missions IPA nécessite du temps.
Or de nombreux établissements sont déjà sous tension.
Alors sans moyens humains suffisants, le risque serait d’ajouter de nouvelles responsabilités à des équipes déjà fragilisées.


La coopération interprofessionnelle

La réussite de cette réforme dépendra aussi de la qualité de la coopération entre professionnels.
L’objectif est de permettre à chacun de trouver sa place, d’exercer au plus haut niveau de compétence, et de mieux répartir les compétences selon les besoins des patients.

 

La formation

L’évolution des compétences suppose également :

  • des formations adaptées,
  • une montée en compétence clinique,
  • un accompagnement institutionnel,
  • une clarification des responsabilités.

 

Quels défis pour demain ?

La réussite de cette transformation nécessitera donc :

  • des effectifs suffisants,
  • une organisation adaptée,
  • une clarification des responsabilités,
  • des modalités de rémunération cohérentes,
  • le maintien d’une coopération étroite avec les médecins.

Ce qu’il faut retenir

La loi du 27 juin 2025 est une étape majeure dans l’évolution de la profession infirmière.

En reconnaissant officiellement la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et le raisonnement clinique, elle consacre juridiquement des compétences déjà largement exercées sur le terrain.

Dans ce nouveau paysage, les IPA apparaissent comme de véritables atouts pour les établissements de santé.

Leur expertise clinique, leur rôle de coordination et leur capacité à développer des actions de prévention, à améliorer l’organisation des soins et à renforcer la continuité des parcours de soins répondent directement aux besoins des établissements sous tension.

La consultation infirmière et la montée en compétences des IPA ne traduisent pas seulement une évolution professionnelle d’une catégorie de soignants.
Elles reflètent aussi une transformation plus profonde du système de santé, dans lequel chaque professionnel de santé est appelé à prendre sa place pour un accompagnement optimal des patients.

À condition toutefois que cette évolution s’accompagne des moyens humains, organisationnels et financiers nécessaires à sa réussite.

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