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En EHPAD, la bientraitance n’est plus un vague concept théorique ni un simple mot qu’on emploie pour rassurer. Elle se joue chaque jour, dans les gestes les plus ordinaires, dans une façon de parler, de toucher, d’attendre, d’expliquer ou non.
Face au vieillissement de la population, à l’augmentation du niveau de dépendance des résidents et à la complexité croissante des situations, assurer le bien-être ne peut plus se limiter à une prise en charge médicale aussi correcte soit-elle.
La bientraitance engage l’ensemble de l’institution : direction, encadrement, équipes de terrain, partenaires et familles. Elle interroge l’organisation du travail autant que les postures professionnelles, et impose une réflexion continue sur le sens du soin et de l’accompagnement.
Avec les évolutions récentes (loi n°2024-317 du 8 avril 2024 et stratégie nationale 2024-2027 de prévention de la maltraitance), elle s’inscrit désormais comme priorité nationale évaluée dans les ESSMS.
L’essentiel à retenir :
- La bientraitance en EHPAD est une démarche active et continue, centrée sur la dignité, l’autonomie et le bien-être des résidents.
- Elle dépasse l’absence de maltraitance et implique des choix organisationnels, relationnels et éthiques.
- La personnalisation des soins et de l’accompagnement est un levier majeur de qualité de vie.
- La relation de confiance avec les familles joue un rôle déterminant.
- La formation continue des équipes est indispensable pour ancrer durablement une culture bientraitante, en lien avec les guides HAS 2024.
Qu’est-ce que la bientraitance en EHPAD ?
Ne pas maltraiter ne signifie pas pour autant bientraiter. Et la HAS le rappelle : la bientraitance correspond à une démarche proactive qui vise à rechercher, maintenir ou restaurer le bien-être de la personne accompagnée, dans le respect de ses droits, de ses choix et de sa singularité.
En EHPAD, la bientraitance est d’autant plus importante qu’elle concerne des résidents souvent en situation de vulnérabilité physique, cognitive ou psychique, parfois cumulée.
Cette vulnérabilité impose une vigilance constante, non seulement sur les pratiques professionnelles, mais aussi sur l’organisation du travail, les rythmes imposés et la qualité des relations humaines.
La bientraitance doit se manifester dans des situations très concrètes du quotidien les gestes mais aussi les attitudes, le langage employé, l’écoute accordée ou encore la façon dont les décisions sont prises avec le résident.
C’est une toilette réalisée sans précipitation, une aide apportée pour le repas ou les déplacements, un refus de soin entendu et retravaillé, un choix alimentaire respecté, une parole expliquée plutôt qu’imposée.
Elle concerne autant ce qui est fait que la manière dont cela est fait.
Les principes fondamentaux de la bientraitance pour les résidents
La bientraitance repose avant tout sur le respect de la dignité et de l’identité de chaque résident. La personne âgée ne doit pas être réduite à sa pathologie, son GIR ou ses troubles cognitifs. Elle doit être pleinement reconnue comme un être humain, qui a une histoire, des valeurs, des préférences et des repères.
Elle implique également de préserver son autonomie, même partielle. Favoriser ce que la personne peut encore faire, accepter la lenteur, adapter l’environnement plutôt que contraindre les comportements sont des leviers essentiels du bien-être.
La communication occupe également une place centrale. Basée sur l’empathie et le respect, elle tient compte des émotions, des inquiétudes mais aussi des résistances des résidents. Elle nécessite du temps.
Une parole claire, respectueuse, adaptée, mais aussi le regard, le ton, la posture corporelle, conditionnent la relation de soin. Expliquer, rassurer, nommer ce qui va être fait permet de réduire l’angoisse et les oppositions.
Enfin, la bientraitance suppose une cohérence institutionnelle. Des organisations trop rigides, des effectifs insuffisants ou une pression temporelle excessive peuvent générer une maltraitance dite « organisationnelle », même en l’absence de toute intention malveillante.
Mettre en œuvre la bientraitance au quotidien en EHPAD
La bientraitance prend corps dans la vie quotidienne de l’établissement. Elle s’incarne d’abord dans la personnalisation de l’accompagnement. Le projet personnalisé, élaboré avec le résident et ses proches, constitue un outil central pour ajuster les soins, les rythmes de vie et les activités aux besoins, aux capacités et aux souhaits de chacun.
Respecter les choix du résident horaires de lever, préférences alimentaires, participation ou non aux activités renforce le sentiment de considération et de contrôle sur sa propre vie. Même lorsque les contraintes institutionnelles sont réelles, la recherche de compromis est un marqueur fort de bientraitance.
La qualité de la relation entre professionnels et résidents est également déterminante. Une posture fondée sur l’écoute, la patience et la reconnaissance des émotions permet de prévenir de nombreuses situations de refus de soins ou de tension relationnelle.
Outils et méthodes pour garantir la bientraitance
Pour inscrire la bientraitance dans la durée, les EHPAD disposent de plusieurs leviers structurants. Par exemple, les chartes de bientraitance, lorsqu’elles sont co-construites avec les équipes, offrent un cadre commun et partagé.
Les temps de réflexion éthique, les réunions pluridisciplinaires et l’analyse des pratiques professionnelles permettent de mettre des mots sur les situations complexes, d’éviter l’isolement des soignants et d’ajuster les réponses apportées aux résidents.
Les outils HAS 2024 fiches sur signaux faibles et postures bientraitantes sont des supports idéaux pour ces temps d’échange.
Les retours des résidents et des familles plaintes, remarques, questionnaires de satisfaction constituent également des indicateurs précieux de la qualité de l’accompagnement. Lorsqu’ils sont réellement analysés et pris en compte, ils permettent d’ajuster les pratiques et s’inscrivent pleinement dans la démarche d’amélioration continue attendue dans le cadre des évaluations ESSMS.
Personnalisation des soins et rôle des familles
La bientraitance ne peut être pleinement assurée sans l’implication des familles. Elles détiennent une connaissance fine de l’histoire de vie, des habitudes et des repères du résident. Leur participation aux décisions renforce la continuité de l’accompagnement et la relation de confiance avec l’établissement.
La personnalisation des soins repose sur cette collaboration, mais aussi sur la capacité des équipes à adapter leurs pratiques dans le temps, en fonction de l’évolution de l’état de santé, des capacités cognitives et des besoins émotionnels des résidents.
Formation continue et culture collective de la bientraitance
La bientraitance ne relève pas uniquement des valeurs individuelles. Elle suppose une culture collective, portée par la direction, inscrite dans le projet d’établissement et soutenue par une politique de formation adaptée.
La formation continue permet de renforcer les compétences relationnelles, de mieux gérer les situations complexes (refus de soins, troubles du comportement, fin de vie) et de partager un socle commun de pratiques professionnelles.
Elle prépare aussi aux contrôles renforcés et aux exigences du référentiel ESSMS.
Dans cette logique, les formations proposées par Doxea aident les professionnels à faire le lien entre les principes de bientraitance, les obligations réglementaires et les situations concrètes rencontrées au quotidien en EHPAD.
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Évaluer et améliorer la qualité de vie grâce à la bientraitance
L’évaluation de la bientraitance repose sur l’observation des pratiques, l’analyse des situations sensibles et la prise en compte du ressenti des résidents. Indicateurs de satisfaction, événements indésirables, audits internes ou démarches qualité permettent de mesurer l’impact des actions engagées.
Cette évaluation contribue à améliorer la qualité de vie des résidents, mais aussi à soutenir les professionnels, à prévenir l’épuisement et à redonner du sens au travail d’accompagnement, comme le souligne la stratégie nationale 2024-2027.
FAQ
La bientraitance est-elle obligatoire en EHPAD ?
Oui. Elle fait partie intégrante des exigences réglementaires et des critères évalués dans les démarches qualité et de certification (référentiel ESSMS HAS).
Quelle est la différence entre bientraitance et bienveillance ?
La bienveillance relève d’une attitude individuelle. La bientraitance correspond à une démarche collective, organisée et inscrite dans les pratiques professionnelles.
Comment prévenir la maltraitance institutionnelle ?
En adaptant l’organisation du travail, en favorisant la communication au sein des équipes et en mettant en place des espaces de réflexion sur les pratiques, appuyés par les guides HAS 2024.
Pourquoi former les équipes à la bientraitance ?
La formation permet d’harmoniser les pratiques, de renforcer les compétences relationnelles et d’ancrer durablement une culture bientraitante au sein de l’établissement, en prévention des contrôles ARS.