Réforme de la formation infirmière 2026 : comment préparer vos équipes à ces changements ?

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Sommaire

L’infirmier d’aujourd’hui n’est plus tout à fait le même que celui de 2009.
Depuis quinze ans, les prises en charge ont évolué. Les patients sont plus âgés, les maladies chroniques toujours plus nombreuses et les hospitalisations plus courtes.

Avec le virage ambulatoire, la place des infirmiers dans la prévention, la coordination des parcours de soins et le suivi des patients s’est progressivement renforcée.

Le métier évoluait, le référentiel de formation devait, lui aussi, évoluer.
C’est chose faite.

Les IFSI l’intégreront dès la rentrée prochaine afin de mieux répondre aux réalités de terrain et à l’élargissement des compétences infirmières, désormais inscrit dans la loi.

Bien sûr, le référentiel de 2009 ne disparaîtra pas immédiatement. Il continuera de s’appliquer aux promotions déjà engagées dans leur cursus, jusqu’à l’obtention de leur diplôme.

Pendant plusieurs années, les deux référentiels cohabiteront donc au sein des IFSI, mais aussi dans les établissements de santé.

Les nouveaux étudiants n’arriveront plus en stage avec les mêmes objectifs ni les mêmes compétences à développer. Les tuteurs devront comprendre ce qui change et adapter leur accompagnement à la promotion accueillie.

La réforme ne concerne donc pas seulement les IFSI. Elle concerne aussi les infirmiers de terrain, les tuteurs, les cadres de santé et, plus largement, tous les établissements qui encadrent des stagiaires.

Avec une difficulté supplémentaire : préparer les futurs infirmiers à un métier qui évolue, alors que les professionnels chargés de les former ont eux-mêmes appris à l’exercer à partir d’un référentiel plus ancien.

L’essentiel à retenir

Le nouveau référentiel de formation infirmière, publié par arrêté du 20 février 2026, entrera en vigueur dès la rentrée de septembre 2026. Il s’appliquera aux nouvelles promotions, tandis que le référentiel de 2009 restera en vigueur pour les étudiants déjà engagés dans leur cursus. Pendant plusieurs années, les deux cohabiteront dans les services, ce qui concerne directement les tuteurs, les cadres de santé et tous les établissements qui accueillent des stagiaires.

  • Ce qui change dans la formation : 13 compétences organisées en 5 domaines, 66 semaines de stage, lieux de stage plus variés, nouveau portfolio et nouvelles grilles d’évaluation, initiation à la prescription et à la consultation infirmière dès la 3e année.
  • Ce que les tuteurs doivent anticiper : identifier le référentiel de chaque promotion, s’approprier les nouveaux outils d’évaluation et adapter leurs questions de suivi aux nouvelles compétences.
  • Ce que les cadres de santé devront organiser : répartition des étudiants, identification des tuteurs disponibles, plannings adaptés et lien avec l’IFSI ou l’université.
  • Ce que les établissements doivent préparer dès maintenant : état des lieux de l’encadrement existant, vérification de l’agrément des terrains de stage, mise à jour des documents d’accueil et formation des tuteurs.

Former les infirmiers de demain passe aussi par donner aux tuteurs d’aujourd’hui les moyens et les outils pour accompagner cette transition.

Comment organiser les services pour accompagner ces étudiants ? Et comment préparer les équipes sans alourdir davantage leur quotidien ?

Vous êtes nombreux à vous poser ces questions. Voici quelques pistes pour anticiper les changements.

 

Pourquoi cette réforme pédagogique ?

Le cadre réglementaire

Avec la refonte du métier d’infirmier et les nouvelles missions, les compétences acquises par le diplôme d’État n’étaient plus tout à fait à jour.
Après avoir repensé le métier, il fallait donc repenser la formation.

L’arrêté du 20 février 2026 fixe le nouveau programme. Il s’appliquera à tous les étudiants débutant leur cursus de formation à la rentrée de septembre 2026.
Les autres resteront sous le référentiel de 2009 jusqu’à l’obtention de leur diplôme.

Dans les services, il faudra donc identifier la promotion avant de sortir le portfolio et les outils d’évaluation.

Dates clés de la réforme

  • 27 juin 2025 : promulgation de la loi n° 2025-581 sur la profession d’infirmier.
  • 24 décembre 2025 : publication du décret n° 2025-1306 précisant les activités et compétences de l’infirmier.
  • 20 février 2026 : publication du nouveau référentiel de formation.
  • 26 juin 2026 : publication des deux arrêtés sur les actes, les soins et la prescription infirmière.

Pourquoi un nouveau référentiel ?

Former un infirmier, ce n’est pas seulement transmettre des connaissances ou des gestes techniques. Ça n’a d’ailleurs jamais été le cas.

Les infirmiers n’ont pas attendu 2026 pour observer un patient, transmettre une information utile, appeler un médecin en cas de problème ou participer à la continuité des soins. Ils le font depuis toujours.

La différence, c’est qu’aujourd’hui, ce travail est enfin reconnu.

La loi infirmière a remis les choses à leur place. Elle :

  • reconnaît plus clairement le rôle de l’infirmier dans le suivi des patients, la coordination des parcours et la continuité des soins
  • inscrit dans la loi la consultation et les diagnostics infirmiers
  • élargit la prescription infirmière.

Le référentiel 2026 ne part donc pas de zéro. Il reconnaît simplement une partie de ce qui existait déjà, le formalise et intègre les nouvelles compétences infirmières.

Le métier aujourd’hui

L’activité infirmière s’organise désormais autour de quatre grands axes :

  • le rôle propre,
  • la consultation infirmière,
  • les actes réalisés sur prescription,
  • les actes réalisés dans des cadres spécifiques, notamment les urgences et les transports sanitaires.

L’élargissement de la prescription fait partie des principales nouveautés. Selon les situations, l’infirmier peut prescrire ou renouveler :

  • certains vaccins du calendrier vaccinal,
  • des dispositifs médicaux de prévention et de traitement des plaies,
  • certains pansements pour une durée initiale de sept jours,
  • des contraceptifs d’urgence,
  • des substituts nicotiniques,
  • des antalgiques de palier 1,
  • plusieurs examens biologiques ciblés : NFS, ionogramme, ECBU, certains paramètres de suivi du patient diabétique.

Ces nouvelles compétences seront intégrées à la formation. Dès la troisième année, les étudiants apprendront dans quelles situations la prescription est autorisée et comment la rédiger.

Les compétences 2026

Le nouveau référentiel distingue trois types de compétences : celles qui sont propres aux infirmiers, celles communes à plusieurs formations en santé et les compétences psychosociales.

 

Tableau des compétences 2026

Domaine
Compétences
Domaine 1 : sciences infirmières et raisonnement clinique
C1 — diagnostic infirmier
C2 — interventions adaptées coconstruites
Domaine 2 : pratiques cliniques, qualité et gestion des risques
C3 — soins préventifs, curatifs et palliatifs
C4 — prescription infirmière
Domaine 3 : prévention et promotion de la santé
C5 — éducation à la santé
C6 — éducation thérapeutique, prévention, dépistage et repérage
C7 — éco-soins et pratiques responsables
Domaine 4 : communication, travail en équipe et organisation
C8 — gestion ou organisation d’une structure d’exercice
C9 — activités de soins et outils numériques
C10 — encadrement des pairs, des étudiants et des autres professionnels
Domaine 5 : démarche scientifique et amélioration des pratiques
C11 — amélioration continue des soins et des pratiques
C12 — analyse des données scientifiques et professionnelles
C13 — documents professionnels et démarche scientifique

À noter que les intitulés ont été abrégés pour faciliter la lecture.

Référentiel 2009 Vs référentiel 2026 : les principales différences

  • Un volume de formation plus important.
  • 66 semaines de stage sur les trois ans.
  • Des lieux de stage plus variés : établissements de santé, structures médico-sociales, exercice ambulatoire, prévention, santé scolaire, services de secours.
  • Cinq semaines minimum dans quatre types de stage : soins en phase aiguë, soins en phase stabilisée, soins de premier recours et accompagnement de la vulnérabilité, de la dépendance ou de l’exclusion, auxquelles s’ajoutent cinq semaines en psychiatrie et cinq autres en santé de l’enfant.
  • Un nouveau portfolio et de nouveaux outils d’évaluation.
  • Une initiation aux nouvelles compétences.
  • En troisième année, quatre situations seront évaluées : consultation infirmière avec prescription, injection sur accès veineux central, transfusion sanguine et prescription avec calcul de dose.
  • Cinq heures hebdomadaires, sur le lieu de stage, consacrées à l’appropriation des connaissances et à la réflexion sur les situations rencontrées.
  • Possibilité d’utiliser la simulation en santé pendant les stages, dans la limite de 10 % du volume de l’enseignement clinique.

 

Tableau référentiel 2009 Vs référentiel 2026

Référentiel 2009
Référentiel 2026
10 compétences
13 compétences regroupées en 5 domaines
4 200 heures de formation
4 620 heures de formation
2 100 h de stage, soit 60 semaines
2 310 h de stage, soit 66 semaines
Stages répartis en quatre grandes catégories, parcours selon disponibilité des lieux de stage
Lieux de stage plus variés ; 12 semaines de stage la 1re année, 26 en 2e et 28 en 3e ; stage de 5 semaines minimum en psychiatrie et en santé de l’enfant
Portfolio et outils d’évaluation du référentiel 2009
Nouveau portfolio et nouveaux outils d’évaluation
Diplôme délivré par le préfet de région
Diplôme délivré par l’université accréditée à compter de l’année universitaire 2028-2029

Comment répondre à cette nouvelle réforme ?

Les tuteurs

Pour les tuteurs, la première étape sera simple : vérifier l’année d’entrée en IFSI afin de déterminer le référentiel à utiliser.

Ils devront surtout comprendre ce qui change dans la formation et s’approprier :

  • les nouvelles compétences,
  • les nouveaux objectifs de stage,
  • le nouveau portfolio,
  • les nouvelles grilles d’évaluation,
  • les modalités de validation des stages.

Le tuteur devra aussi savoir expliquer clairement ce qu’il attend, donner des retours utiles, sécuriser les soins et repérer rapidement les difficultés.

Son rôle restera d’aider l’étudiant à comprendre ce qu’il fait, pourquoi il le fait et dans quelles limites.

• Quels éléments cliniques avez-vous observés ? • Pourquoi avez-vous choisi ce protocole ? • Quels risques avez-vous repérés ? • Quel diagnostic infirmier retenez-vous ? • Comment évaluerez-vous le résultat du soin ? • Que ferez-vous si l’état du patient évolue ?

Ces questions ne sont pas nouvelles. En revanche, elles devront trouver leur place dans les nouveaux objectifs de stage et les nouveaux outils d’évaluation.

Pour mener à bien leurs missions, le service devra mettre à leur disposition :

  • les bons documents,
  • un interlocuteur en cas de problème,
  • du temps pour les bilans.

Qui fait quoi pendant le stage ?

Rôle
Ce qu’il fait
Maître de stage
Il organise l’accueil dans le service, tient le livret d’accueil à jour, veille à l’application de la charte d’encadrement et assure le lien avec l’IFSI.
Tuteur
Il suit la progression de l’étudiant, conduit les bilans, renseigne l’évaluation et l’aide à formaliser ses acquis dans le portfolio.
Professionnels de proximité
Ils accompagnent l’étudiant au quotidien, expliquent leurs choix et signalent au tuteur les progrès ou les difficultés.
Référent de stage de l’IFSI
Il fait le lien avec le terrain et peut intervenir à la demande de l’étudiant ou de l’équipe lorsqu’une difficulté apparaît.

Les cadres de santé

Les cadres auront aussi un rôle à jouer dans cette transition.

Ils devront pouvoir répondre à quelques questions pratiques comme :

  • Qui peut assurer le tutorat dans le service ?
  • Combien d’étudiants peut-on accueillir sans nuire aux conditions d’apprentissage ?
  • Comment organiser les cinq heures hebdomadaires de réflexion prévues pendant le stage ?
  • Comment construire les plannings des étudiants ?
  • Qui prend le relais lorsque le tuteur est absent ?
  • Que fait-on lorsqu’un stage se passe mal ?
  • Quelles informations transmet-on à l’IFSI ?

En résumé, les cadres devront organiser la répartition des étudiants, identifier les professionnels disponibles et maintenir le lien avec l’IFSI ou l’université.

 

Comment préparer votre établissement ?

Faire l’état des lieux

La première étape est de regarder ce qui existe déjà.

Cet état des lieux permettra d’identifier ce qui fonctionne et ce qu’il faut revoir avant la prochaine rentrée.

Ensuite, il faudra identifier les infirmiers qui encadrent déjà, lesquels souhaitent poursuivre et quelles connaissances doivent être actualisées.

 

Vérifier l’agrément des terrains de stage

Les lieux de stage devront désormais être agréés par une commission dédiée. Ceux qui accueillent déjà des étudiants ont trois ans pour déposer leur dossier.

Ce dossier devra préciser les activités proposées, les modalités d’encadrement, l’organisation des cinq heures de réflexion et le nombre d’étudiants pouvant être accueillis en même temps.

À la fin de chaque période, les étudiants évalueront le service à l’aide d’un questionnaire commun aux IFSI du même groupement.

 

Sécuriser l’accueil des étudiants

L’établissement devra également assurer la sécurité des étudiants et protéger leur santé mentale et physique.
Cela passe notamment par l’accès aux équipements de protection ainsi que par des consignes claires en cas d’AES, d’accident du travail, d’agression ou d’incident.

Ces informations devront figurer dans le livret d’accueil ou être données dès le premier jour.

Les cinq erreurs à éviter

  • Penser que la réforme concerne uniquement les étudiants.
  • Utiliser la même grille d’évaluation pour toutes les promotions.
  • Attendre l’arrivée des premiers étudiants pour informer les équipes.
  • Confier le tutorat sans prévoir de temps pour les échanges et les bilans.
  • Demander aux tuteurs d’accompagner des compétences qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion d’actualiser.

Ce qu’il faut retenir

  • Deux référentiels cohabiteront dans les services jusqu’en 2030.
  • Chaque étudiant devra être évalué avec les objectifs et les outils correspondant à sa promotion.
  • Les tuteurs devront connaître les 13 compétences du nouveau référentiel, et les limites de la consultation et de la prescription infirmières.
  • Les établissements devront prévoir des outils, des interlocuteurs, du temps pour le tutorat, et bien sûr la formation des tuteurs.

En septembre 2026, la réforme entrera dans les IFSI. Elle arrivera ensuite dans les services avec les premiers stages.

Les tuteurs et les cadres n’auront pas besoin de réapprendre leur métier. Ils devront simplement savoir ce qui change, identifier le référentiel de chaque étudiant et utiliser les bons outils pour l’accompagner.

Mais cette adaptation demandera du temps. Elle ne pourra pas reposer uniquement sur la bonne volonté de professionnels qui en manquent déjà.

Les établissements doivent donc se préparer dès maintenant en informant les équipes, en actualisant les documents, en formant les tuteurs et en organisant le suivi des étudiants.

Car former les infirmiers de demain commence aussi par donner aux tuteurs d’aujourd’hui les moyens de le faire.

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